mercredi 23 juin 2010

Hier je suis allée au lycée pour rapporter mes clefs de classe.Le lycée était vide , la salle des profs occupée juste par deux têtes inconnues.C' est peut être la dernière fois que je pénètre dans ce lieu , je ne pense pas y retourner comme certains collègues qui en éprouvent le besoin .Je n' aurai pas la nostalgie de cet établissement , et je ne regretterai aucun de mes collègues ( à part celui avec lequel j' ai eu le plaisir d' enseigner cette année).Le nom des autres va rejoindre rapidement les oubliettes.D' ailleurs je ne ferai pas de " pot d' adieu" Imaginer de réunir ce prof d' histoire raide comme un piquet , toujours habillé en croque mort, le chevelu syndiqué qui ne fait jamais grève , l' agrégée de latin , en cheveux gras et jupe Damart, les profs d' anglais proprettes et convenues , l' insipide prof de socio que tout le monde appelle " Valoche" parce qu' elle se prénomme Valérie, une prof d' italien qui pèse cent vingt kilos et qui s' habille sur mesure ,  la petite toute maigre qui ne parle à personne , le prof de physique rougeaud au fort accent de Marseille , la collègue d' éco qui braille tellement qu' on ne peut plus s' entendre quand elle est dans la salle des profs.Chez nous il y a trois catégories d' enseignants.Premièrement les parisiens qui s' imaginent être au dessus du panier parce qu' ils louent un " appartement" de 30 mètres carré dans un quartier pourri de la capitale.A cela ils ajoutent une ou deux parutions modestes dans le genre " les croisades expliquées aux enfants de quatre à huit ans , ou bien l' histoire enseignée en cinquième , à moins que ce soit la tenue d' un blog sur " l' histoire des menstrues à l' époque des lumières".Cette petite contribution à la vie " culturelle" les gonfle d' orgueil.Souvent ils se réunissent à côté de la machine à café pour commenter le dernier film sorti en salle.Comme pour la plupart ( même pour les agrégés) ils écoutent France inter , la discussion ne vole pas très haut.
La deuxième catégorie serait celle des profs anonymes , ceux qui ne parlent que de leurs classes , sans chercher à être labellisés intellos.C' est une horde habillée chez "Décathlon" et chaussée de baskets.Ils s' expriment comme des ados " c' est énorme!" " ça le fait" " c' est ballot" . Ils ont réalisé le rêve pavillonnaire , et vivent parfois très loin de leur lieu de travail. Les femmes profs sont de plus en plus enveloppées ( doux euphémisme) et de plus en plus seules , car elles ont des exigences démesurées par rapport à leurs potentialités .De plus les profs ne possèdent pas de réseaux qui leur permettraient  de rencontrer des gens " de leur niveau....." ( et ils sont chatouilleux là dessus!) alors certaines d' entre elles trompent leur faim d' enfants et de mari en passant des concours ( ça occupe).
Il y a enfin la troisième catégorie , celle des profs d' atelier . Ils sont pour la plupart d' anciens ouvriers , partisans de l' éducation " à coup de pied au cul" , et ont la réputation de lever le coude, de rire gras , d' être misogynes , et gueulards.Je ne les connais pas beaucoup , d' ailleurs ils restent entre eux dans les " ateliers" .Il y en a beaucoup dont je ne connais pas le nom.

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